[Interview] Guillaume et Sophie, créateurs de Woodself

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Woodself - plan grand format

Guillaume et Sophie ont développés un service alliant l’imagerie 3D et le bois: Woodself. Afin de connaître leur vision, CultureMaker est allé les interviewer.

Pouvez-vous vous présenter (parcours, ville, hobbys)?

Nous formons un duo franco-québécois, dans le travail et dans la vie. Nous sommes tous deux de formation technique, avec une composante informatique d’un côté, mécanique et imagerie 3D de l’autre. C’est à Montréal que cette histoire commune a commencé, elle se poursuit aujourd’hui à Paris. Nous aimons voyager et vivre de longues périodes ailleurs, découvrir et refaire le monde avec les amis, rénover notre maison de A à Z avec nos mains, continuer à apprendre encore et toujours (même – et surtout – à notre âge). À noter, l’un possède un esprit pratique et des talents de bricoleur beaucoup plus développés que l’autre, mais c’est la complémentarité qui compte. Enfin, nous sommes deux amoureux du bois, parce que c’est une matière belle et vivante, et que ça rappelle les forêts du Québec. C’est l’union insolite de nos deux passions, l’imagerie 3D et le bois, qui a abouti à la création de Woodself.

Pouvez-vous nous présenter votre produit?

Woodself repose sur une idée très simple : offrir un service de plans de meubles gratuits et personnalisés aux Makers. Dans un environnement de manipulation 3D et de rendus photographiques virtuels réalistes, l’internaute customise un meuble standard en quelques clics, et obtient immédiatement les plans détaillés pour le fabriquer. C’est donc un peu plus qu’un configurateur, car si le meuble est effectivement sur-mesure, les plans le sont aussi.

Les Makers ont aujourd’hui accès à un catalogue d’une quinzaine de modèles différents, de l’étagère Tetris à la table basse, et nous continuons à enrichir cette liste. Chaque nouveau projet est d’abord dessiné sur une feuille blanche, puis programmé/modélisé en 3D grâce à des outils open-source que nous avons adaptés. Le meuble Woodself doit répondre à deux critères : être facile à fabriquer, et présenter de l’intérêt pour la personnalisation. En parallèle, nous réalisons des vidéos pour illustrer la séquence d’assemblage des pièces de bois les unes avec les autres.

Au total, des milliers de configurations sont accessibles ; elles ne seront sans doute jamais toutes fabriquées, mais beaucoup d’internautes débutants ou confirmés nous transmettent des photos, et à notre grande satisfaction nous ne recevons jamais le même modèle. Nous puisons dans ces retours positifs l’énergie et l’envie de continuer à améliorer l’outil, disponible en français et en anglais.

Retrouvez l'article de présentation de leur produit

Comment fonctionne votre produit?

Le site propose une interface web avec des menus déroulants, très pratiques pour d’un clic sélectionner les paramètres d’un modèle donné. Les paramètres portent soit sur la forme générale du meuble – par exemple un nombre d’étagères ou une direction d’ouverture ; soit sur ses dimensions – largeur d’un plateau, épaisseur de planches, profondeur, etc. Dès que l’utilisateur modifie une valeur, le meuble correspondant s’affiche en 3D et en temps réel dans son décor de synthèse.

A ce stade, le Maker doit valider, les plans complets sont alors générés. Ils sont présentés en trois parties. D’abord, l’ensemble des inévitables et indispensables projections de face/côté/dessus associées à la vue 3D du meuble dans sa globalité. Ensuite, la vue éclatée avec les pièces étiquetées et la liste du matériel. Enfin, le détail de chacune des pièces, reproduites de face, de côté et de dessus avec un repérage précis au millimètre de la position des perçages. Les plans sont des images téléchargeables.

Afin de compléter le tout, une fenêtre interactive 3D accueille les souris pour zoomer et tourner autour de chaque meuble. En semi-transparence, il est ainsi possible de repérer le plus lointain des tourillons ou la plus invisible des vis ; un bonus appréciable pour se rassurer et aborder son projet avec un maximum de confiance et de préparation.

Enfin, si le site est bilingue, le système de mesures l’est aussi devenu : le paramétrage des meubles a été récemment étendu au système de mesures US, en pouces, pour satisfaire les Makers d’Amérique du Nord. Il reste encore quelques meubles à convertir, mais nous avançons dans la bonne direction.

À noter, nous sommes en cours de lancement d’un Forum, pour que les internautes puissent poser leurs questions – et contribuer aux réponses.

Depuis combien de temps travaillez-vous sur votre projet ?

L’aventure Woodself a démarré en avril 2013, après une phase de préparation de 6 mois.

Comment avez-vous eu l’idée de créer ce produit?

Au Québec ! L’idée trouve son origine dans un besoin véritable : construire une table à pique-nique très longue, très large, très lourde. C’était il y a une quinzaine d’années, le Web avait 5 ans, il balbutiait. Pourtant, il nous a livré un petit programme exécutable d’une redoutable efficacité : en entrant la longueur et la largeur mais aussi la section des planches, le mini-logiciel (qu’on appelait à l’époque un freeware) a calculé la taille de toutes les pièces de bois nécessaires. Il ne restait plus qu’à acheter, découper et assembler – notre première réalisation, un peu laborieuse, mais ô combien gratifiante.

La graine était plantée. L’incroyable essor du mouvement Do it Yourself et la qualité des performances 3D d’aujourd’hui ont fait le reste : Woodself est né, et la table à pique-nique est devenue le premier meuble du site, en hommage à cet exécutable que nous n’avons malheureusement jamais pu retrouver malgré de grandes recherches.

A quel(s) besoin(s) répondez-vous ?

Le mouvement Do it Yourself des années 70 atteint des sommets dans sa version moderne, avec des outils technologiques nouveaux sur lesquels s’appuyer pour se déployer. C’est une alternative aux systèmes traditionnels, parce qu’on ne veut plus seulement être spectateur ou consommateur, on souhaite être libre et autonome. Fabriquer soi-même, c’est tout à la fois créer, posséder un objet unique, se sentir valorisé – « c’est moi qui l’ai fait ». Fabriquer soi-même, c’est aussi un cercle vertueux qui favorise le partage et l’échange, parce qu’on a besoin des autres pour apprendre et progresser.

Woodself dépose son caillou au pied du formidable édifice qui est en train de se mettre en place. Il s’attache à donner confiance aux débutants, car il suffit parfois d’une étincelle pour initier une vocation de Maker.

Quelles ont été les différentes étapes de réalisation du prototype ?

Tout a commencé par une veille technologique assidue afin de bien choisir nos outils open-source. Côté rendus 3D, nous voulions une qualité photo, un réalisme à toute épreuve, avec une grande souplesse de programmation et du potentiel de développement. Côté web, le site devait être rapide, fluide et ergonomique malgré le grand volume d’images exploitables ; le genre de plateforme dans lequel on peut s’orienter logiquement, sans se perdre.

Nous nous sommes formés aux outils sélectionnés, et le développement des premiers meubles a commencé. Quelques mois plus tard, l’exploitation a enfin été lancée.

Woodself - plan

Avez-vous travaillé avec des FabLabs pour réaliser vos prototypes ?

Pas encore, car notre jeune produit est un logiciel, il ne se fabrique pas dans les FabLabs. En revanche, nous pensons de plus en plus activement à monter des collaborations avec ceux qui permettent le travail du bois ; il s’agirait d’une suite naturelle pour notre concept.

Quelles ont été les principales difficultés auxquelles vous avez dû faire face ?

D’abord, nous faire connaître. Privilégier le référencement naturel, sans publicité, prend du temps. Le site a finalement rencontré son public 6 mois après son lancement. Depuis, l’audience continue à grandir un peu plus chaque mois.

Ensuite, il a fallu travailler finement et faire des compromis pour dimensionner un serveur qui supporte les afflux soudains de trafic. Les deux ou trois « plantages » des débuts sont normalement révolus, des machines se lancent désormais automatiquement pour absorber les pics de bande passante.

Enfin, l’amorce d’un Forum, qui par définition démarre vide ou presque, n’est pas un problème simple. On n’a pas nécessairement envie de se promener dans un désert de mots, ni même de contribuer. Toutefois, avec de la patience, nous sommes convaincus que ce nouvel espace d’échange et de Questions/Réponses arrivera à maturité.

Woodself - Image à la une

Comment envisagez-vous de vous développer ?

Woodself est et restera gratuit. Alors, pour financer le projet et le compléter, nous avons développé d’autres services web, qui eux sont payants. En synthèse, nous avons packagé notre technologie sous la forme d’une API, que l’on souhaiterait proposer aux professionnels du bois et du bricolage dans une version customisée. Ce produit s’appelle WoodSolver, il est désormais prêt pour la commercialisation.

En parallèle, le lancement de notre Forum devrait permettre d’élargir la communauté des Woodselfers.

Quels conseils donneriez-vous aux Makers en devenirs pour bien débuter ?

Osez !

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A propos de l'auteur

Passionné de nouvelles technologies et détenteur d'un Master en ingénierie logiciel, je blog sur tout ce qui touche à la culture #Maker, des #FabLabs aux #kits de prototypage. Mais également sur tous les produits et outils dédiés à la démocratisation du #DIY technologique.

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